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Groupe Créativité et Gestalt
SOMMAIRE
Introduction
Présentation du Groupe Créativité et Gestalt et de son protocole
Essai de clarification de la notion de champ en Gestalt-thérapie
I <> La place du champ dans la théorie gestaltiste
II <> Les cinq principes de la théorie du champ
A > Le principe d’organisation
B > Le principe de contemporanéité
C > Le principe de singularité
E > Le principe de pertinence possible
III <>Les différentes composantes du champ
A > Organisme/Environnement
B > Les composantes environnementales, contextuelles et d’arrière-plan
1 - Les composantes environnementales actuelles
2 - Les composantes contextuelles actuelles
3 - Les composantes d’arrière-plan
a = Les données historiques personnelles
b = Les données transgénérationnelles
c = Les données sociologiques
d = Les données non-conscientes transmises de manière inexplicable
C > Les composantes spatio-temporelles du champ
IV <> La situation : lieu, espace temporalisé contextualisé de l’expérience
V <> Les différentes approches du champ dans la pratique de l’accompagnement en Gestalt-thérapie
A > La posture où le thérapeute est essentiellement centré sur le champ du patient
B > Posture correspondante à une approche du champ "relationnelle" à une position plutôt dialogale
C > L’approche du champ dans la situation
Comment le polymorphisme du champ favorise l’émergence des figures
Bibliographie
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Introduction
Le Travail de Clarification et de questionnement que j’ai mis en mouvement depuis quelques mois correspond à mon chemin de thérapeute en exercice depuis la fin du deuxième cycle de formation à l’E.P.G.
En effet, très vite je me suis trouvé confronté dans ma nouvelle pratique professionnelle à des choix (qui n’étaient pas toujours conscients) d’orientation du champ thérapeutique et de la situation thérapeutique.
En particulier, quelle place le thérapeute que je suis, occupait-il dans cette situation ?
Pour simplifier :
Soit, je me positionnais en thérapeute observateur du self en mouvement chez mon client dans cette situation, et donc j’utilisais essentiellement l’empathie pour accéder à ce qui pouvait être de l’expérience de cet autre ici avec moi dans cette situation. J’étais observateur de la frontière contact organisme-environnement de mon client, du champ de mon client.
Soit, j’étais pleinement dans le champ constitué de cette situation particulière en mouvement, en devenir.
Très vite, je fus donc questionné par la notion de champ en Gestalt-thérapie et par une grande difficulté à me positionner. En effet, l’approche du concept de champ est variable dans tous les textes que j’ai pu consulter, la position, la compréhension et la définition des différents auteurs m’apparaissant mêmes parfois contradictoires.
Par ailleurs, je suis sculpteur, passionné par la mise en forme de toutes les matières qui se prêtent à mon travail créatif. Dans cet espace je ne suis pas seul, mais bien en contact avec des éléments qui ne sont pas que malléables mais qui favorisent la création d’un champ et d’une situation. La consistance, les contraintes, « la personnalité » du matériau imposent le développement d’un processus de mise en forme, d’ajustement, où nous sommes impliqués mutuellement dans cette situation.
Le sculpteur que je suis, pour être créateur de forme, ne peux qu’être dans le champ, dans la situation donnée et en perpétuelle transformation, où la matière et moi-même s’ajustent dans un contact fort.
En tant que sculpteur, je constate que je ne peux accéder à la créativité qu’en étant pleinement dans le champ et dans la situation de création.
Quelques mois après mes premières expériences de thérapeute, Gestalt-praticien, j’ai été embauché comme psychothérapeute dans une association dont l’objectif est l’insertion sociale et professionnelle d’un public en très grandes difficultés. En particulier, des personnes pour qui les difficultés personnelles sont telles, qu’elle ne peuvent accéder à ce qui est mis en œuvre « classiquement » pour favoriser l’insertion, comme la formation ou l’accompagnement social…
Après avoir entrepris un travail d’accompagnement en individuel de personnes ayant adhéré à mes propositions, j’ai créé un groupe de gestalt-thérapie centré sur la créativité, où mes compétences de sculpteur peuvent favoriser l’accès à la création.
Très vite, j’ai pu constater combien ce public, fort éloigné de toute approche psychothérapeutique, de toute notion de développement personnel et de la créativité, s’impliquait dans cette démarche et accédait très rapidement à des processus de changement.
En particulier le protocole d’intervention du groupe Créativité et Gestalt, qui a été modifié et ajusté au cours de son développement, favorise actuellement l’émergence de figures prégnantes beaucoup plus rapidement.
Aujourd’hui, mon regard, mon expérience de thérapeute, mon approche de sculpteur et mon questionnement m’amènent à faire l’hypothèse que le champ, et surtout de comment il est pris en compte dans la situation thérapeutique, peut favoriser l’émergence des figures et donc des ajustements créateurs.
Dans un premier temps, je vous présenterai le groupe Créativité et Gestalt que j’anime en dégageant le protocole que j’utilise actuellement, puis j’essayerai de partager avec vous la manière dont j’appréhende aujourd’hui la notion de champ en Gestalt-thérapie, avant de tenter de montrer de quelle façon le protocole mis en œuvre agit sur le champ et favorise ainsi l’émergence des figures
Présentation du Groupe Créativité et Gestalt et de son protocole
Le Groupe Créativité et Gestalt que j’anime est un groupe ponctuel de Gestalt-thérapie qui se réunit une journée par mois dans l’association où j’exerce à temps partiel.
Ce petit groupe réunit six à sept personnes que j’accompagne déjà en thérapie individuelle et qui se sont engagées dans cette expérience suite à ma proposition, ou parfois à leur propre demande.
Nous constatons au sein de cette association d’insertion que le public qui fait l’objet de notre accompagnement rencontre fréquemment des difficultés très importantes, liées à un isolement social fort et à des problématiques de la honte.
Le passage de l’accompagnement en individuel à l’accompagnement supplémentaire que représente le groupe Créativité et Gestalt, est un moment important et souvent déterminant dans le processus de changement de ces personnes. C’est pourquoi, je suis bien souvent à l’origine de l’incitation qui permet l’accès au groupe. Les demandes personnelles de participation sont exceptionnelles dans ce contexte.
Ce petit groupe qui évoluera au cours de la journée sur le thème de la créativité, se retrouve le matin à 9 heures autour d’un café, d’un thé et de petits gâteaux. Nous débutons ainsi par un espace de pré-contact informel, où chacun dans la mesure de ce qui lui est possible, tente d’aller à la rencontre de l’autre et de ce groupe en cours de formation. C’est aussi la découverte d’un lieu délimité dans une grande salle où une partie de l’espace est occupé par un cercle de chaises, une autre partie par un grand carré de tables pour le travail créatif et un dernier espace le long d’un mur où de nombreuses tables accueillent les différents matériaux et outils apportés par mes soins et complétés des apports des différents participants.
L’installation du groupe dans l’espace constitué par le cercle de chaises correspond à un temps de travail plus formel où je prends le temps de présenter aux participants les modalités de fonctionnement du groupe (le protocole que je suis en train de parcourir avec vous) mais aussi les lois, les règles et les coutumes qui encadrent la participation de chacun à un groupe de Gestalt-Thérapie.
Cette présentation du cadre et des modalités, permet aussi la mise en questionnement de ce qui adviendra pour chacun au cours de cette journée.
Ensuite s’ouvre un temps essentiel, nouvel espace où chacun sera amené à se présenter et à exposer au groupe ce qui est présent pour lui :
Cet espace d’accueil de ce qui est présent pour chacun et pour le groupe est particulièrement important et respecté, dans la mesure où je donne à chacun et au groupe le temps nécessaire pour se dévoiler et tisser les premiers liens de confiance qui permettront plus tard à l’alliance de se développer.
C’est un moment où j’interviens peu, si ce n’est pour faciliter la parole ou l’émergence d’une forme1, que ce soit pour une personne ou pour le groupe.
Ce temps essentiel est refermé avec délicatesse par un jeu autour des prénoms afin que chacun puisse aller un peu plus avant dans la prise de contact avec l’autre dans ce groupe.
Cette première phase d’accueil, où il est pris grand soin du pré-contact, débouche sur la mise en relation avec ce qui occupera le reste de la matinée : l’espace personnel de créativité.
L’expérience proposée étant la mise en forme de ce qui est présent pour chacun dans le groupe que nous constituons ensemble.
Dans un premier temps chaque personne est amenée à contacter les matériaux ici-présents et à prendre le temps nécessaire pour laisser émerger, à travers la manipulation des outils et des différents matériaux, les prémices de la forme qui apparaîtra dans cet espace personnel de créativité.
L’objectif est seulement d’explorer, à travers l’engagement de la personne dans toutes ses dimensions (Physique, Affective, Rationnelle, Sociale, Spirituelle)2, ce qui se passe pour elle, dans cette expérience nouvelle de mise en forme des différents matériaux choisis.
Ce moment est accompagné de beaucoup d’attention et de précaution, car il s’avère être souvent une source d’émergence de très grande anxiété pour certains participants. Compte tenu qu’il n’y a pas de finalité préalablement définie, ni de résultat connu à atteindre.
Cette phase de mise en contact fait donc très souvent l’objet de coupure du cycle du contact par la mise en oeuvre des mécanismes de résistance propres à chacun. Je constate que ceux-ci qui sont le plus souvent liés à des projections qui débouchent sur un état de confluence où plus rien n’émerge.
Dans ce cas, l’inhibition éprouvée par la personne prend sa source dans des projections sur le groupe, sur l’un de ses participants ou sur l’animateur. Ce mécanisme de résistance au contact a pour effet d’annihiler à la source tout le processus créatif.
Les projections les plus fréquentes sont liées à la honte : être nul, ne pas savoir faire, ne rien valoir, ne pas être à la hauteur… ou à la culpabilité : gaspiller son temps, jouer, s’adonner à des enfantillages…
Le travail d’accompagnement consiste à ce moment, non à la mise au travail de ces résistances, mais seulement à leur accueil de manière à pouvoir permettre la mise en contact avec les matériaux. C’est à travers la mise en forme des matériaux que la fonction Ça, trouvera l’espace nécessaire pour prendre forme dans la créativité. C’est le chemin que je prends à ce moment là, en tant que thérapeute, pour accompagner la personne vers la nouveauté.
A cette étape du protocole, seul le processus créatif est l’objet de toute l’attention, car sa mise en œuvre permettra de donner à voir, de manifester des impressions, des émotions, des sensations, que l’intéressé ne peut exprimer par le langage. Il me semble en effet, que l’awareness3 personnelle est plus sensible que les moyens dont disposent bien des personnes pour en exprimer la richesse et la complexité par le langage oral.
Cette mise en forme à travers la matière permet aussi de donner à voir et d’exposer des données de l’intimité psychique qui ne pourraient s’exprimer par une parole toujours susceptible de réactiver des sentiments de honte.
Durant le temps imparti réservé à la créativité personnelle chacun se retrouve seul à mettre en forme les matériaux qu’il a préalablement choisis.
J’interviens seulement quand le processus créatif est arrêté dans une impasse et quand l’anxiété vécue par la personne s’avère trop importante. A ce moment là, il s’agit de remettre du jeu dans la relation avec les matériaux de manière à créer de l’ouverture sur un possible à découvrir.
Avant de se séparer pour le déjeuner, le groupe se reforme dans l’espace constitué de chaises en cercle. Ce moment est important et précieux car il permet à chacun de reprendre contact avec le groupe et chacune des personnes et de pouvoir ainsi déposer quelques mots sur l’expérience vécue.
Ma pratique démontre qu’à cette étape, des émotions, des ressentis très importants sont fréquemment formulés et offerts au groupe. Ce court espace d’expression permet aux personnes de ne pas partir dans un processus inachevé qui serait générateur de trop d’angoisse. Ce temps permet aussi de contribuer à l’évolution de la constitution de deux formes importantes : la forme du groupe et celle qui se dessine pour chacun en particulier.
Après la courte séparation du déjeuner, l’ensemble des participants retrouve le groupe et reprend contact dans un espace où une musique est le support d’une mise en mouvement dans la pièce.
Lors de cette mise en mouvement sur le rythme de la musique, un jeu est proposé pour faciliter le déroulement du processus. Ce jeu correspond à plusieurs objectifs :
Passé cet épisode de reprise de contact, il est indispensable de définir : comment organiser l’animation du groupe dans le reste du temps imparti.
En effet compte-tenu du nombre de participants, des formes mises en lumière depuis le matin, des problématiques mises à jour et du temps restant, il n’est pas envisageable de réaliser le travail nécessaire en groupe et de proposer en plus un travail individuel en groupe à chacun des participants.
Il s’agit donc de proposer un cadre sécurisant qui permettra, dans la mesure du possible, à chaque participant de quitter cette journée d’implication personnelle après avoir :
Pour concrétiser ce cadre des modalités sont définies
Dans ce premier temps, chacun est amené à exposer son œuvre (sans parole) et accueillir le regard singulier que chacun partagera avec lui.
Tous les autres participants sont invités à découvrir l’œuvre avec un regard « phénoménologique » (c’est toujours une tentative). Concrètement, chacun est invité à regarder cette œuvre sans à priori, en se dégageant de toutes connaissances pré-établies pour essayer ainsi de décrire le plus simplement possible ce qu’il découvre. Il s’agit bien de partager seulement ce qui est vu : couleurs, formes, lignes, mouvements … (et non pas ce qui est ressenti, éprouvé…)
Ici, la présence du thérapeute est importante, car il est nécessaire d’accompagner chacun dans le respect de la règle et de faire attention à toutes interprétations.
Chaque participant est invité à prendre part à cette description phénoménologique et ne peut en être dispensé que s’il en formule la demande.
Tous s’étant exprimés, le créateur de l’œuvre est invité à prendre un temps pour assimiler toutes les informations qu’il a pu accueillir des uns et des autres, avant de présenter, à sa manière, son œuvre et le contenu de son expérience.
J’interviens seulement, à ce niveau pour contribuer à la prise de conscience de l’expérience globale, pour favoriser la mise en lumière de la forme ici-présente.
Toutes les œuvres ayant fait l’objet d’une présentation en groupe et d’un accompagnement de la prise de conscience de cette expérience singulière, il est temps de proposer un accompagnement personnel en groupe pour ceux qui en expriment le désir, après que le nombre de places soit de nouveau annoncé.
Lors de ces accompagnements individuels en groupe, le processus de création de l’œuvre, et la forme de l’expérience mise en lumière précédemment, sont très souvent à l’origine de l’émergence d’une figure très forte.
En effet, tout au long de ce protocole j’accompagne chacun dans des configurations du champ différentes, à développer son awareness4 personnelle.
Le développement de l’awareness favorise grandement la prise de conscience du Ça de la situation, la possibilité de proposer des expérimentations ajustées, et donc le développement de figures claires.
Chaque accompagnement est suivi d’un temps de feed-back pour tous les participants.
Après ce travail individuel en groupe, il est proposé aux participants qui n’ont pu bénéficier de ce type d’accompagnement, d’apporter leur œuvre dans le cadre des séances en individuel, avec moi dans l’institution.
Pour finir un temps de clôture est ouvert, où chacun pourra exprimer ce qui est présent pour lui, en mettant l’accent sur l’expérientiel de la situation : qu’a t-il vécu, découvert, mis en œuvre de nouveau dans cet espace.
Cet espace est aussi le lieu du dépôt de ce qui pourrait être encore inachevé et générateur de souffrance.
Essai de clarification de la notion de champ en Gestalt-thérapie
Cette tentative correspond à mon expérience actuelle et à ma quête de sens. C’est à partir de nombreux emprunts effectués auprès de ceux qui ont écrit les textes que j’ai rencontrés, et de ma pratique professionnelle actuelle, qu’il m’a été possible de construire ma propre manière d’appréhender le champ en Gestalt-thérapie.
Présentement, c’est avec les différents éclairages qui vont suivre, en mouvements et en questionnements quotidiens, que j’accueille ceux qui me sollicitent pour un accompagnement thérapeutique.
I - La place du champ dans la théorie gestaltiste
Le point de départ de l’approche gestaltiste de la thérapie consiste à analyser la structure interne de l’expérience.
Cette expérience se produit à la frontière contact entre l’organisme et son environnement dans un espace temporalisé que nous nommons : le Champ Organisme/environnement. C’est l’organisme qui est principe organisateur du champ.
Pour faciliter la lecture de la FIGURE suivante, je tiens à préciser la dénomination utilisée pour toutes les composantes concernant la personne représentée par une lettre majuscule. Par exemple pour une personne dénommée A :

D’ailleurs, l’ouvrage fondateur « Gestalt-thérapie de F.S. PERLS, R.E. HEFFERLINE, P. GOODMAN » s’ouvre sur : « L’expérience se situe à la frontière entre l’organisme et son environnement, principalement au niveau de l’épiderme et des organes sensoriels et moteurs. L’expérience est la fonction de cette frontière et ce qui est réel à un niveau psychologique, ce sont les configurations " globales " de ce fonctionnement, la réalisation d’un sens, l’achèvement d’une action. » 5
Plus loin nous découvrons : « Dans toute recherche biologique, psychologique ou sociologique, il nous faut partir de l’interaction de l’organisme et de son environnement. … Appelons cette interaction de l’organisme et de l’environnement à l’œuvre dans toute fonction, le "champ organisme/environnement". » 6
Et pour finir je citerai : « Nous avons vu que, dans toute recherche biologique ou socio-psychologique, le sujet-objet concret est toujours un champ organisme/environnement. Il n’est aucune fonction d’un quelconque animal qui soit définissable autrement que comme fonction de ce champ. » 7
La place de la notion de champ en Gestalt-thérapie est essentielle car elle est intimement liée à toutes les définitions du contact et du self : « Le système complexe de contacts nécessaires pour l’ajustement dans un champ difficile, nous l’appelons " self ". On peut considérer que " self " se situe à la frontière de l’organisme, mais cette frontière n’est pas elle-même isolée de l’environnement ; elle contacte l’environnement ; elle relève des deux, environnement et organisme. » 8
L’appréhension personnelle de cette notion de champ par le Gestalt-thérapeute détermine à mon sens essentiellement la nature de son « être thérapeute » et donc de sa pratique.
II - Les cinq principes de la théorie du champ
Avant de poursuivre mon approche personnelle du champ, il me semble essentiel de rappeler les caractéristiques de la théorie du champ que Malcolm PARLETT a mis en lumière sous forme de cinq grands principes : 9
principes que j’ai résumés et reformulés de la manière suivante :
Le sens est donné par la prise en considération de la totalité des faits co-existants, de la situation dans sa totalité.
Tout élément du champ est interdépendant et c’est la situation totale qui en donne le sens.
La signification d’un des éléments du champ émerge, quand la situation ou le contexte dans sa totalité prend sens.
Le comportement présent ne s’explique que par la constellation des influences dans le champ présent.
« Le passé psychologique et le futur psychologique sont simultanément, des parties du champ psychologique à un moment donné. La perspective temporelle change continuellement. Selon la théorie du champ, tout type de comportement dépend du champ total, y compris la perspective temporelle du moment, mais il ne dépend pas du champ passé ou futur et des perspectives temporelles qui leur sont liées. » 10
L’approche phénoménologique de la Gestalt-thérapie prend en considération l’expérience présente, l’ensemble des évènements réels et présents qui se déroulent dans la situation ici-présente.
Les généralisations sont suspectes, chaque situation, chaque champ de chaque personne en situation est unique.
Cela ne conduit pas à dire qu’il n’y a pas de similitudes, de continuité ou de cohérence, ni même de généralisation possible qui permettent de construire des théories, cela amène à rester vigilant à la spécificité des situations présentes. Les significations sont à construire de façon individualisée dans la complexité des facteurs interdépendants et co-existants de cette expérience ici-présente.
Ce principe met l’accent sur le caractère provisoire de l’expérience. Le champ est en continuel changement et le temps en est un facteur essentiel. D’instant en instant nos perceptions de la réalité sont sans cesse recréées.
Nos expériences sont en perpétuelle construction dans un champ où l’équilibre et la stabilité se rétablissent d’instant en instant.
Tout élément du champ est potentiellement significatif, il fait partie de l’organisation totale du champ et ne doit ni être exclu, ni considéré comme non pertinent.
L’important est que l’ouverture que permet Le principe de pertinence possible ne se réduise pas à la prise en considération de seulement quelques parties du champ.
En particulier, nous pouvons mettre l’accent sur certains automatismes devenus "invisibles" ou évidents qui s’avèrent parfois extrêmement pertinents.
III - Les différentes composantes du champ
Cette approche correspond à la « paire de lunettes » que j’utilise actuellement comme praticien, cette grille de lecture, d’appréhension ne représente aucunement la merveilleuse richesse de la complexité du champ, que j’imagine : univers ouvert, peuplé d’une constellation d’étoiles.
PERLS (F.S.) et GOODMAN (P.) 11 définissent le champ comme "organisme/environnement" et le self désigne alors les mouvements internes du champ, mouvements d’intégration et de différenciation, d’unification et d’individuation.
"Le self est contact" 12 implique une notion de temporalité et nous pouvons donc envisager, comme J.M. Robine13 le suggère, de pouvoir regarder le contact sous forme de séquences où le self peut être "localisé" dans une dominante organisme, environnement, ou organisme/environnement.
Pour le pré-contact, le self est localisé dans une dominante organisme : l’émergence a lieu au niveau de l’organisme, mais elle peut advenir suite à une sollicitation de l’environnement.
Dans la mise en contact, le self serait plutôt localisé dans une dominante environnement : les ressources d’objets susceptibles d’être contactés sont dans l’environnement, cependant le développement du self est supporté par l’organisme (désir qui oriente et son contexte).
Dans la phase de contact final, le self apparaît localisé dans une dominante organisme/environnement : l’objet choisi est rencontré et une unité figure/fond, soi/autrui, organisme/environnement constitue l’expérience du moment.
Pour finir, après la phase de contact final, le self est à nouveau localisé dans une dominante organisme : c’est le retrait et l’assimilation de l’expérience qui sont à l’œuvre.
B - Les composantes environnementales, contextuelles et d’arrière-plan
Il m’apparaît important de distinguer ces différentes composantes, car leur prise en compte dans tout accompagnement thérapeutique est essentielle.
1 - Les composantes environnementales actuelles
Elles correspondent à l’aspect spatial de la rencontre thérapeutique et recouvrent tout ce qui peut exister dans cet entourage environnemental et qui fait partie intégrante du champ. C’est ainsi que nous pouvons illustrer le principe de pertinence possible par des exemples simples où un objet, un bruit, une odeur peuvent s’avérer essentiels dans la construction d’une figure. Comment la configuration du champ est différente lorsque je reçois au cabinet ou dans l’association où j’exerce par ailleurs.
2 - Les composantes contextuelles actuelles
Elles correspondent à l’aspect temporel de l’expérience présente, à l’ensemble des circonstances qui l’entourent. En particulier et pour exemple, cela peut s’illustrer facilement par le moment où se situe cette expérience, cette configuration du champ dans le parcours thérapeutique partagé, dans l’existence personnelle, la vie de couple…
3 - Les composantes d’arrière-plan
Mon expérience actuelle m’amène à penser que l’attention portée à toutes les données d’arrière-plan est de la plus grande importance et je rejoins en cela Selma CIORNAI14 quand elle écrit : « J’avais besoin de comprendre l’arrière-plan historique, social, culturel d’où émergent "les figures" de nos vies, et la façon dont les figures et les fonds s’articulent les uns avec les autres. »
Il est en effet, bien souvent nécessaire de rechercher dans l’arrière-plan la compréhension de la figure qui émerge dans l’expérience ici-présente.
Dans l’arrière-plan, ma pratique m’amène à y définir aujourd’hui quatre types de données qui nécessitent pour moi une attention particulière :
a - Les données historiques personnelles
Notre histoire personnelle depuis notre conception et son inscription dans un contexte : famille d’origine, filiation, éducation, religion, culture.
« Les croyances qui en découlent avec leurs interdits, le système de valeurs et les règles de vie. La conception que nous avons des thèmes fondamentaux de l’existence : L’homme, la femme, le corps, la sexualité, le temps, la maladie, la mort, la spiritualité… »15
« " En quoi croyez-vous ? " Le travail sur les valeurs et croyances les plus profondes, sur notre mythologie personnelle, s’est révélé une voie extrêmement fertile. »16
b - Les données transgénérationnelles
Les données transmises à notre insu par nos aïeux : les loyautés familiales, les réalisations automatiques de prédiction…
Ces données me sont apparues d’une extrême importance, en particulier lors d’accompagnement de personnes originaires des Antilles (la place de l’esclavage dans les modalités d’ajustement à l’autorité) ou des petits enfants de déportés (cauchemars représentant des scènes de camp de déportation).
c - Les données sociologiques
Le contexte historique et environnemental du patient et de ses groupes d’appartenance : les données sociales, ethniques, culturelles, cultuelles… La prise en compte de ces données s’avère particulièrement importante dans toutes les problématiques liées à la honte intériorisée.
d - Les données non-conscientes transmises de manière inexplicable
A ce niveau, il m’apparaît important de pouvoir accueillir ce qui émerge de non-explicable dans le champ de l’expérience en cours et dont je suis régulièrement témoin : les coïncidences, les synchronicités… , ce qui m’apparaît comme bizarre, surprenant, déconcertant parfois.
Et je partage ce qu’écrit Sylvie SCHOCH de NEUFORN :
« On peut alors penser que la reconnaissance de ces phénomènes comme composantes de notre pratique thérapeutique, avec bien sûr leur caractère aléatoire et non contrôlable, peut favoriser les conditions d’apparition de phénomènes non perceptibles autrement ; en effet, on n’identifie que ce dont on connaît l’existence et la connaissance n’est que re-cognition. Ce serait en quelque sorte changer de lentilles ou développer nos capacités d’accommodation à un champ plus profond, ou comprenant d’autres dimensions. … Ce qui veut dire permettre une réorganisation du champ thérapeutique plus vaste ou plus profonde, au service d’un processus rendant possible plus de nouveauté, donc plus de croissance et d’ajustement créateur. » 17
C -Les composantes spatio-temporelles du champ
En référence aux conceptions de Gilles Delisle18, il est souvent judicieux de se référer à une des composantes de son approche particulière du champ :
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Ce simple schéma est un repère important pour éclairer comment se configure le champ dans l’expérience en cours.
IV - La situation : lieu, espace temporalisé, contextualisé de l’expérience
« Le dispositif thérapeutique, quel qu’il soit, est avant tout un certain type de situation. Etre conscient de la façon dont la situation a un impact sur nous est aussi une manière de mieux comprendre comment nous avons été impactés par certaines situations au fil de notre histoire. Etre conscient de la façon dont nous pouvons être créateurs ou co-créateurs de situations dans l’ici-maintenant est également une manière de restaurer ou de renforcer nos aptitudes à l’ajustement créateur. » 19
C’est dans la situation, ce lieu, cet espace temporalisé, contextualisé de l’expérience, cette partie du champ que les figures pourront se développer.
Pour faciliter la lecture de la FIGURE suivante, je tiens à préciser la dénomination utilisée pour toutes les composantes concernant la personne représentée par une lettre majuscule. Par exemple pour une personne dénommée A :

La figure N°2 correspond à une représentation graphique de ce que pourrait être la configuration du champ dans la situation d’une rencontre thérapeute / patient.
Comme l’exprime Jean-Marie ROBINE : « L’expérience vécue, qui désigne l’aspect subjectif d’un événement, tel qu’il est actuellement saisi par le sujet dans une signification personnelle, individuelle et concrète, me semble en fait le seul concept organisateur de la subjectivité et de la différenciation dans le champ. » 20 il m’apparaît que dans une conception phénoménologique, le champ d’une personne est fondamentalement singulier et propre à cette personne. Aussi, il ne peut être que très difficilement appréhendé par une autre. Nous ne pouvons parler que d’approche et d’approximation de la configuration du champ de l’autre, dans toute son altérité, par des moyens éminemment subjectifs tels l’empathie, l’inférence, l’intuition…
Dans une conception phénoménologique, l’espace correspondant à la situation délimitée dans cette représentation graphique, ( Figure N°2 ) est donc fondamentalement différent pour l’une et l’autre personne en présence, il recouvre des éléments environnementaux et contextuels communs et pour les autres composantes, le champ de la situation est propre à chacun.
Mais ?
Qu’en est-il de l’entre-deux et de ce que nous nommons co-création ?
Et
A partir de quelles formes se développeront les figures ?
Avant d’aller plus avant, il me semble important de citer Marie-France BOURGEAIS afin de mieux situer son concept de la forme : « Le fond serait ce " nulle part " incommensurable de l’être et de l’environnement où " s’engrangent " avec adresse ou maladresse des expériences, la Forme serait la perception de l’expérience présente, les figures seraient l’organisation émergente de la reconnaissance, de la clôture ou de l’évitement de la perception présente, le champ est le tout tendu vers la complétion et la globalité. »21
En effet, le concept de la Forme de Marie-France BOURGEAIS me paraît très judicieux et correspondre à l’espace délimité de la situation, ce lieu que je caractériserais comme espace de l’expérience, et je cite à nouveau Marie-France BOURGEAIS qui précise : « Chaque individu a une expérience perceptive différente qui est, objectivement et, ou subjectivement, sous un aspect ou un autre, présente dans le champ et comporte les caractéristiques d’une Forme. La Forme est là, globale, elle n’émerge pas, c’est " l’expérience intégrale " dont parle RICŒUR. … ce sont les figures qui émergent, auxquelles nous participons à l’émergence. » 22
Dans la situation particulière de la rencontre "thérapeute / patient", il faut reconnaître qu’il s’agit bien de l’instauration d’une relation entre deux personnes qui disposent toutes les deux de deux champs différents simultanément en mouvements.
Il faut donc considérer deux champs (organisme/environnement), le champ du patient et le champ du thérapeute, en présence dans la situation délimitée par l’espace thérapeutique.
Le souci, la préoccupation du thérapeute est de permettre que la figure émergente soit bien déterminée par la dynamique du self du patient, c’est à dire de permettre au self du patient de donner toute la mesure de ses capacités créatives.
Mais qu’en est-il du champ et de la forme qui permettra l’émergence de la figure ?
Mon hypothèse est qu’il s’agit bien d’une co-création (patient / thérapeute) d’une figure singulière construite par le self du patient dans son propre champ et en aucun cas d’un champ commun co-créé.
En effet, je rejoins la posture phénoménologique de Jacques BLAIZE : « Adopter une position phénoménologique, c’est accepter que le seul accès que j’ai au monde c’est l’acte d’être conscient. Autrement dit, ce qui est premier c’est l’expérience, le fait d’être conscient de quelque chose, conscience et monde étant indissociables : c’est ce que la Gestalt-thérapie définit comme frontière contact au sein du champ organisme/environnement. » 23