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7 HONTE ET GESTALT |
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Entre deux grains de sable,
si proches soient-ils
l’un de l’autre,
il y a toujours un intervalle.
Dans les interstices
de la matière primordiale
se trouve la ligne de mystère
et de feu
qui est la respiration du monde.
C. LISPECTOR
A partir de ce
chapitre, compte tenu que je suis intimement convaincu que la gestalt est particulièrement
bien adaptée pour accompagner les personnes qui sont habitées
par la honte, je tenterai de décrire la honte avec une vision gestaltiste.
Pour ce faire, je ne peux qu’utiliser mon
expérience personnelle, mes expériences professionnelles et les
recherches que j’ai pu mener à travers mes rencontres et la lecture des
différents ouvrages écrits par des gestaltistes.
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7b La théorie du self révisée |
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C’est la rencontre avec le livre de Gilles Delisle : La relation d’objet en Gestalt-thérapie et ma compréhension de la complexité du phénomène de honte, qui m’amènent à présenter comment la théorie révisée de la Gestalt-thérapie énoncée par Gilles Delisle, illustre plus justement le processus d’intériorisation de la honte et ses conséquences sur le processus de contact.
Pour
Perls et Goodman dans le livre fondateur : Gestalt-thérapie la
Gestalt-thérapie définit le self comme le processus de contact
dans le champ organisme-environnement.
« Le contact entre l’organisme
et l’environnement est la réalité première la plus simple.
»
« Le système
complexe de contacts nécessaires pour l’ajustement dans un champ difficile,
nous l’appelons le self. »
(PERLS (F.), HEFFERLINE (R.E.),
GOODMAN (P.), Gestalt thérapie, Vers une théorie du Self: nouveauté,
excitation, croissance, Montréal, Stanké, 1981).
L’analyse
du processus de contact, de la formation figure/fond, sont donc le fondement
de la Gestal-thérapie.
En
ce qui concerne les différentes fonctions du self, la fonction personnalité
n’apparaît qu’au post-contact pour Perls et Goodman et est définie
de la manière suivante :
« c’est l’hypothèse de ce qu’on est, la base à partir de
laquelle on expliquerait son comportement si l’explication en était demandée
»
« la personnalité est essentiellement une copie verbale
du self »
(PERLS (F.), HEFFERLINE (R.E.),
GOODMAN (P.), Gestalt thérapie, Vers une théorie du Self: nouveauté,
excitation, croissance, Montréal, Stanké, 1981).
Dans
cette approche la fonction personnalité est considérée
de la manière suivante : « Dans les circonstances idéales, le self n’a pas
beaucoup de personnalité. - ... - l’augmentation de la croissance et
de l’apprentissage, après un bon contact, est certaine mais faible. Le
self a découvert et inventé sa réalité, mais, ayant
reconnu ce qu’il a assimilé, il le considère de nouveau comme
faisant partie d’un champ plus vaste » (PERLS
(F.), HEFFERLINE (R.E.), GOODMAN (P.), Gestalt thérapie, Vers une théorie
du Self: nouveauté, excitation, croissance, Montréal, Stanké,
1981).
En
ce qui concerne le self :
«
Lorsque le self possède beaucoup de personnalité, nous l’avons
vu, c’est parce qu’il porte en lui de nombreuses situations inachevées,
qu’il a adopté des attitudes inflexibles ou des loyautés désastreuses.
Ou bien parce qu’il a au contraire, totalement abdiqué et qu’il ne se
ressent que dans les attitudes qu’il a introjectées. »
(PERLS (F.), HEFFERLINE (R.E.),
GOODMAN (P.), Gestalt thérapie, Vers une théorie du Self: nouveauté,
excitation, croissance, Montréal, Stanké, 1981).
Il
résulte de cette approche, qu’il n’y a pas de conception réellement
définie de l’assimilation de l’expérience du contact, qu’au contraire
on aboutirait à un extrême où la conception de la santé
serait définie par un contact fort, mais sans inscription.
Cela
pose le problème de où et comment s’effectue « l’enregistrement
» de ce qui est assimilé dans l’expérience de contact.
D’autre part, le self est essentiellement
défini comme un processus temporel dans un espace donné, qui n’a
donc pas de fonction « d’archive » .
En ce qui concerne le processus d’intériorisation pour Perls et Goodman, l’introjection est le premier mode de transaction à la frontière contact : sa nature est d’introjecter ce qui est bon et de rejeter ce qui est mauvais, l’inverse étant pathologique.
Pour
Gilles Delisle, l’analyse du processus de contact, de la formation figure/fond,
reste le fondement de la Gestalt-thérapie.
Pour
lui, le Self n’est pas qu’un processus temporel qui se déploie dans le
contact et disparaît avec le retrait.
Il
définit le Self :
« comme une structure
processuelle de contact, dérivée des opérations de l’organisme
dans le champ organisme-environnement, modelée par ses contacts et porteuse
de leur histoire. Cette histoire, c’est la synthèse du sens de l’existence
propre de la personne, comme l’affirme Polster (1987). Cette synthèse,
c’est aussi la fonction primordiale du self, celle sans laquelle il n’y a pas
de santé possible » (DELISLE G., La relation d’objet
en Gestalt thérapie, Les Editions du Reflet, Ottawa, 1998)
Il affirme ainsi la fonction « archive » du Self « le Self porte en lui même la trace de ces opérations significatives et déterminantes »
Le
Self en tant que structure processuelle de contact, de création de figures
est responsable du processus d’intériorisation du champs organisme-environnement.
Intériorisation définie comme une représentation de
l’organisme et de l’environnement.
Gilles Delisle décrit alors deux
modes d’intériorisation :
Les intériorisations
non-structurantes
Correspondantes à l’assimilation
et la croissance.
« L’assimilation est la conséquence
du contact, donc de la prise de conscience de la nouveauté et du comportement
adopté envers elle. Dans le post-contact, le Self élabore des
représentations assimilées et complètes. Celles-ci sont
alors vécues non comme des corps étranger mais comme faisant partie
du patrimoine cumulatif du Self. Elles sont signifiantes et accessibles à
la conscience à travers la fonction personnalité. Elles sont la
trace historique des opérations complétées du Self à
la frontière contact. Ainsi le contact conduit à l’assimilation,
laquelle se traduit par un accroissement de la conscience de soi, de l’environnement
et du lien entre les deux. Ce processus optimal n’aboutit pas à la formation
de structures clivées (...) Le Self maintient alors son unité
et la personne ne consomme pas d’énergie à maintenir des expériences
séparées l’une de l’autre. Les expériences assimilées,
qu’elles soit bonnes ou mauvaises, sont alors vécues comme étant
le Self. »
(DELISLE G., La
relation d’objet en Gestalt thérapie, Les Editions du Reflet, Ottawa,
1998)
Les intériorisations
structurantes
Correspondantes à l’introjection
primaire et l’interruption.
« L’introjection précoce
d’un élément du champ (constitué d’un élément
de l’environnement, d’un élément du Self et de la frontière
contact entre les deux), à la fois inassimilable et indispensable à
la survie, constitue le prototype des situations inachevées . » (DELISLE G., La relation d’objet en Gestalt thérapie,
Les Editions du Reflet, Ottawa, 1998)
Gilles
Delisle conçoit ces situations inachevées particulières
comme des expériences relationnelles incomplètes, qui se définissent
plus dans la durée que dans des expériences particulières
de contact.
Il nomme micro-champ
introjecté, le résidu des situations inachevées n’émergeant
pas à la conscience comme telles mais s’infiltrant dans les autres émergences,
et considère la somme de ces micro-champs introjectés comme
le champ-introjecté.
«Nous nous bornerons
à affirmer ici que, quand l’intériorisation précoce se
fait sur le mode de l’introjection, des éléments de l’environnement
sont pris à l’intérieur du Self et, n’ayant pas été
désintégrés dans le contact, y subsistent dans leur forme
originelle. A ce titre ils forment le noyau des Situations Inachevées
qui cherche à se compléter en opérant dans l’arrière-fond,
à l’insu du Self. Ce qui émerge alors dans la fonction Ça,
ce sont des dérivés de ces introjects ou de ces Situations Inachevées,
sous forme de tensions, de rêveries, etc. Ces éléments du
Ça en tant que fond donné, ne se dissolvent pas en possibilités.
Il contaminent les excitations organiques, la perception vague initiale de l’environnement
et restreignent le registre des sentiments rudimentaires liant l’organisme et
l’environnement. Les micro-champs introjectés possèdent alors
une existence quasi-matérielle et ils poussent le Self à chercher
dans le champ actuel les éléments dont il a besoin pour se maintenir.
A la limite, les relations dans le champ deviennent alors si étriquées,
qu’elles sont presque des calques de ces micro-champs introjectés.
» (DELISLE G., La relation d’objet
en Gestalt thérapie, Les Editions du Reflet, Ottawa, 1998)
Gilles
Delisle considère donc le Self comme le résultat du processus
d’intériorisation du champ, comme la somme dynamique de ces intériorisations
structurantes et non-structurantes.
La figure N° 3, illustre le Self, et ses trois fonctions redéfinies par Gilles Delisle.

« Dans ses opérations à la frontière contact, le Self, pathologiquement clivé de ses micro-champs introjectés, cherche à donner un sens à son expérience en imputant à l’environnement, au stade du pré-contact, des propriétés de ses structures internes clivées. Puis agissant dans le contact, le Je déploie à son insu une série de tactiques, nourries des visées des micro-champs introjectés, et dont la fonction est d’amener l’environnement à se présenter de façon conforme à la projection. Quand cette opération réussit, le Self est prêt à ré-introjecter, dans le plein contact, l’objet rendu “comestible” . Enfin au post-contact, le nouvel introject vient se greffer à l’un ou l’autre des micro-champs introjectés, le renforçant dans son autonomie, confirmant son caractère intolérable et indispensable et maintenant de ce fait, la force aussi bien que la nécessité du clivage. Pour rendre ce processus plus tangible, on n’a qu’à penser à ces personnes qui, non seulement craignent le rejet, mais “réussissent” à se faire rejeter dans un environnement pourtant généralement tolérant et acceptant, pour ensuite confirmer que l’univers est peuplé de personnes insensibles et qu’il vaut mieux ne rien attendre des autres. » (DELISLE G., La relation d’objet en Gestalt thérapie, Les Editions du Reflet, Ottawa, 1998)
Nous constatons donc grâce à cette approche : que plus le Self porte en lui des micro-champs introjectés, plus les pressions inconscientes que font ces structures clivées sont importantes, et plus le Self est amené à rechercher, à son insu dans l’environnement, les expériences pathogènes qui permettent la réactualisation de ces micro-champs introjectés.
Nous
découvrons là, la place particulière de la projection dans
le déroulement des cycles de contact, quand le self est porteur de micro-champs
introjectés.
Le sujet appréhende
le champ, comme s’il s’agissait du champ introjecté et il interagit à
la frontière contact comme si la configuration actuelle du champ était
une copie du cycle de contact correspondant au micro-champ introjecté.
Par ce mécanisme, le sujet
tente de faire correspondre le champ externe, ici-présent au champ introjecté.
La projection ainsi mise en oeuvre
correspond à : Croire l’interne à l’externe.
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