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 8 LE THÉRAPEUTE ET LA HONTE

 

 

Tu es comme une femme en couches
 et cependant tu retiens l’instant
 et tu reste dans la douleur.
Que crains tu donc ?
 Ce n’est pas à un autre être
que tu dois donner naissance,
 mais à toi-même.

K. KIERKEGARD

 La honte est un sentiment éminemment social, elle révèle une des composantes essentielles du lien social.
       Comme émotion, elle est particulièrement contagieuse.
       Confronté à la honte d’autrui, on ne peut que se sentir profondément impliqué, tout en ayant le désir de se distancier.
       Au contact de la honte d’autrui, c’est la gène qui apparaît et des émotions telles que la compassion, la pitié, la commisération, le mépris, le rejet, l’indifférence...
       La honte n’existe que dans le regard de l’autre, elle n’existe pas en dehors du tiers honnisseur, la position de témoin réactive la honte d’autrui et nous place dans une situation d’intrusion qui est difficilement supportable.

       La honte nous renvoie à un conflit d’identification. Comment se reconnaître comme lui, s’identifier à lui en tant qu’homme, alors qu’il expose ce qu’il y a de plus rebutant: sa dégradation physique, psychologique, sociale.

       Comment rencontrer cet autre, qui représente ce que l’on ne veut pas devenir. Comment accueillir l’image de moi-même, qu’il me renvoie et qui m’est insupportable.

       La honte fait peur, mais elle fascine, elle produit sans cesse des réactions contradictoires: la compassion et le mépris, la pitié et le rejet, la commisération et l’indifférence.

       Le sujet honteux a une si piètre opinion de lui-même, qu’il est persuadé qu’il ne vaut rien aux yeux de l’autre, même si celui-ci déploie tous ses efforts pour le rencontrer et lui apporter écoute, accompagnement, aide...

       Sa honte intériorisée, le renvoie à de telles souffrances, qu’elle restera longtemps indicible. Mais le sujet honteux a grand besoin de trouver dans le champ, le tiers honnisseur qui lui fera revivre la honte, renouveler ce qui le fait tant souffrir.
       Il sera à l’affût de toutes les failles qui lui permettront de revivre le processus conservateur qui l’habite. Il mettra ainsi en échec celui qui désire l’accompagner, dissimulera sa honte, et utilisera la moindre faille dans l’accueil inconditionnel que l’accompagnant tente de lui réserver, pour renforcer son processus.

       Ce serait comme s’il se trouvait en manque de honte, et qu’il mettait tout en oeuvre dans le champ présent, pour la retrouver.

       Cette attitude risque d’être extrêmement violente pour l’accompagnant, elle risque de faire naître chez lui la colère et le mépris, envers celui qui s’avère aussi habile pour le mettre en échec, et l’atteindre dans ses valeurs les plus fondamentales (en particulier, son désir d’aider).

       L’accompagnant, pour se défendre d’une relation aussi difficile, peut instaurer et se retrouver dans une relation de pouvoir, s’il ne prend pas en compte ce qu’il ressent et de comment cette relation le renvoie à sa propre histoire de honte.

       « Plus l’angoisse provoquée par un phénomène est grande, moins l’homme semble capable de l’observer correctement, de penser objectivement et d’élaborer les méthodes adéquates pour le décrire, le comprendre, le contrôler et le prévoir. »  

       « C’est le contre-transfert, plutôt que le transfert, qui constitue la donnée la plus cruciale de toute science du comportement. » (DEVEREUX G., De l’angoisse à la méthode, Flammarion, Paris, 1980 )

       Pour Deveureux, le chercheur pour accéder à l’objet de sa recherche doit entreprendre une investigation de sa relation à cet objet et c’est la compréhension des obstacles qui est essentielle, les obstacles deviennent ainsi des réels moyens de connaissance.

       L’accompagnement de celui qui est habité par la honte, confronte à un phénomène particulièrement chargé d’affects, de souffrances, de violences et ne peut se faire sans impliquer une recherche autour de ce qui motive notre intérêt.
       Comment développer la possibilité d’accueil, d’écoute, de compréhension de la honte d’autrui, sans accueillir les résonances que ces histoires de vie provoquent en soi.
L’awareness, et plus particulièrement, c’est l’awareness « à soi, en relation avec sa propre histoire de honte », qui déterminera la possibilité de créer du lien avec le sujet habité par la honte.

       Cet accompagnement dans le temps, du phénomène multidimensionnel qu’est le sentiment de honte, nécessite une supervision importante, car même si l’accompagnant a effectué un réel travail psychothérapeutique autour sa propre histoire de honte, l’accompagnement de situations aussi chargées d’affects, de souffrances, de violences ne sera pas sans faire naître chez l’accompagnant des résonances. Résonances, qui d’obstacles, peuvent devenir levier dans la relation d’aide, après leur élucidation.

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